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Sharenting : quand les parents surexposent leurs enfants sur les réseaux sociaux

Liz Garnier
Liz Garnier
Enfant utilisant une tablette numérique en toute sécurité

Le mot est entré dans le vocabulaire courant sans qu’on s’en rende compte. “Sharenting”, contraction de “sharing” et “parenting” : le fait, pour des parents, de publier régulièrement des photos et vidéos de leurs enfants sur les réseaux sociaux. Un phénomène massif, souvent bienveillant dans l’intention, mais lourd de conséquences pour les premiers concernés : les enfants eux-mêmes.

La CNIL alerte régulièrement sur ces pratiques. Et depuis février 2024, la loi française a renforcé la protection du droit à l’image des mineurs. Pour les établissements scolaires, la question n’est plus anecdotique : elle touche directement à la sécurité des élèves et à la relation avec les familles.


Le sharenting en chiffres

Les données sont éloquentes. Selon une étude de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, un enfant français apparait en moyenne sur 1 300 photos publiées en ligne avant l’âge de 13 ans. D’après la CNIL, 53 % des parents partagent des contenus relatifs à leurs enfants sur les réseaux sociaux, et un tiers d’entre eux n’ont jamais vérifié les paramètres de confidentialité de leurs publications.

Le phénomène dépasse largement le cercle familial. Quand un parent publie une photo de la fête de l’école sur Facebook, ce ne sont pas seulement ses propres enfants qui apparaissent : les camarades de classe, les enseignants, parfois les bénévoles sont visibles. Sans que personne ne leur ait demandé leur avis.


Les risques concrets pour les enfants

Usurpation d’identité et détournement d’images

Une photo publiée sur un réseau social devient quasiment impossible à contrôler. Même avec des paramètres de confidentialité restrictifs, il suffit qu’un “ami” partage la publication ou fasse une capture d’écran pour que l’image circule librement. La CNIL rappelle que des photos d’enfants sont régulièrement récupérées sur des comptes parentaux pour être détournées sur des sites malveillants, y compris des plateformes pédopornographiques.

Construction de l’identité numérique

Un enfant de 8 ans n’a pas choisi que sa photo déguisé en pirate circule sur Internet. À 15 ans, il découvrira peut-être avec horreur que ses premières dents, ses pleurs au supermarché ou son bain moussant sont accessibles à n’importe qui. Les psychologues alertent sur les conséquences de cette “empreinte numérique subie” : atteinte à l’estime de soi, harcèlement scolaire, sentiment de trahison envers les parents.

Géolocalisation et sécurité physique

Les métadonnées des photos contiennent souvent la localisation GPS. Publier une photo devant l’école avec la légende “Première rentrée à l’école Jules Ferry !” revient à donner l’adresse exacte de l’établissement, les horaires de présence de l’enfant et parfois son identité complète. Les spécialistes de la protection de l’enfance considèrent ces informations comme des signaux exploitables par des personnes malintentionnées.

Profilage commercial

Les plateformes sociales analysent chaque contenu publié. Les photos d’enfants nourrissent des algorithmes publicitaires qui ciblent les parents avec une précision redoutable. Ce profilage commercial, exercé sur des mineurs qui n’ont rien demandé, pose un problème éthique majeur que le RGPD tente d’encadrer.


Ce que dit la loi

La loi du 19 février 2024

La loi n° 2024-120 du 19 février 2024 relative au droit à l’image des enfants a marqué un tournant. Elle précise que l’exercice du droit à l’image de l’enfant mineur est exercé en commun par les deux parents. Concrètement, les deux parents doivent être d’accord pour publier une photo de leur enfant sur les réseaux sociaux. En cas de désaccord, la publication est interdite.

La loi introduit aussi la notion de “vie privée de l’enfant” que les parents doivent protéger, y compris contre eux-mêmes. Le juge aux affaires familiales peut désormais interdire à un parent de publier des contenus mettant en scène son enfant si cette pratique porte atteinte à sa dignité ou à sa vie privée.

L’article 226-1 du Code pénal

Le Code pénal sanctionne d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de porter atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui en captant, enregistrant ou transmettant l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé, sans son consentement. Ce texte s’applique pleinement aux mineurs.

Le RGPD et les mineurs

Le Règlement Général sur la Protection des Données accorde une protection renforcée aux données personnelles des mineurs. L’article 8 du RGPD fixe à 16 ans (15 ans en France) l’âge à partir duquel un mineur peut consentir seul au traitement de ses données personnelles. En dessous, le consentement parental est obligatoire. Les photos publiées sur les réseaux sociaux constituent bien des “données personnelles” au sens du RGPD.


Le rôle de l’école face au sharenting

L’établissement scolaire se retrouve au carrefour de ces enjeux. Lieu de vie collective où les enfants sont photographiés lors d’événements, de sorties et d’activités, l’école est à la fois un terrain de risques et un levier de sensibilisation.

Sensibiliser sans culpabiliser

La plupart des parents qui pratiquent le sharenting le font par fierté, par envie de partager les moments forts de la vie de leurs enfants avec leurs proches. Les culpabiliser serait contre-productif. L’approche qui fonctionne consiste à informer sur les risques concrets, donner des outils pratiques et proposer des alternatives.

Un directeur d’école peut par exemple :

  • Intégrer un volet “droit à l’image et réseaux sociaux” dans la réunion de rentrée
  • Distribuer une fiche pratique reprenant les recommandations de la CNIL
  • Organiser un atelier “parentalité numérique” avec l’association de parents d’élèves
  • Rappeler les règles lors de chaque événement (spectacle, kermesse, sortie scolaire)

Encadrer les événements scolaires

C’est lors des fêtes de fin d’année, des spectacles et des sorties que le problème explose. Des dizaines de parents sortent leur téléphone, filment, photographient, puis publient massivement sans se poser de questions. Quelques règles simples peuvent limiter les dégâts :

  • Rappeler oralement avant chaque événement que les photos prises ne doivent pas être publiées sur les réseaux sociaux
  • Afficher clairement la consigne à l’entrée
  • Proposer un photographe officiel dont les clichés seront partagés via un canal sécurisé
  • Faire signer une charte de bon usage des photos en début d’année

Proposer une alternative crédible

Le vrai problème n’est pas que les parents veulent des photos de leurs enfants. C’est qu’ils n’ont pas d’alternative aux réseaux sociaux pour les partager et les recevoir. Si l’école met à disposition un canal sécurisé où les photos officielles sont partagées avec les seules familles concernées, le besoin de publier sur Facebook diminue naturellement.

C’est exactement ce que permet une appli comme École en Direct. Les photos des événements scolaires sont partagées dans un espace privé, accessible uniquement aux familles de l’établissement. Pas d’algorithme, pas de partage public, pas de détournement possible. Les parents reçoivent les photos directement sur leur téléphone via une notification push, les consultent dans l’appli et peuvent les sauvegarder. Le besoin de “montrer à mamie” est satisfait sans exposer l’ensemble des élèves sur Internet.


Bonnes pratiques pour les établissements

1. Mettre à jour les autorisations de droit à l’image

Le formulaire d’autorisation de droit à l’image distribué en début d’année doit être précis. Il ne suffit plus de demander une autorisation générique. Le document doit mentionner :

  • Les supports de diffusion (site web de l’école, appli de communication, journal interne)
  • Les supports exclus (réseaux sociaux publics, presse)
  • La durée de validité de l’autorisation
  • Les modalités de retrait du consentement
  • La mention que les deux parents doivent donner leur accord (loi du 19 février 2024)

2. Former l’équipe pédagogique

Les enseignants sont en première ligne. Ils prennent des photos en classe, lors des sorties, pendant les ateliers. Ils doivent connaître les règles : ne photographier que les enfants dont les parents ont donné leur autorisation, flouter les visages des autres, ne jamais publier sur leurs comptes personnels.

3. Centraliser la diffusion des photos

Plutôt que de laisser chaque enseignant gérer ses propres photos avec ses propres méthodes (WhatsApp du parent délégué, email avec pièces jointes, clé USB qui circule…), l’établissement gagne à centraliser la diffusion via un canal unique et sécurisé. L’appli de l’école devient le point central : l’enseignant envoie ses photos au directeur, qui les publie dans l’espace dédié après vérification des autorisations.

4. Communiquer régulièrement

La sensibilisation ne peut pas se limiter à la réunion de rentrée. Un rappel avant chaque événement, un article dans le journal de l’école, un message via l’appli : la répétition est la clé. Certains établissements affichent un QR code à l’entrée des événements renvoyant vers les recommandations de la CNIL, une approche discrète et efficace.

5. Impliquer les élèves

À partir du CM1-CM2, les enfants peuvent participer à la réflexion. Des ateliers “mon image sur Internet” permettent de leur donner les clés pour comprendre ce qui se joue. Plusieurs enfants ont exprimé dans ces ateliers leur malaise face aux publications de leurs parents, un signal que les adultes ne doivent pas ignorer.


Ce que disent les enfants

L’association e-Enfance rapporte que de plus en plus de mineurs contactent le 3018 (numéro national contre le cyberharcèlement) pour signaler des publications faites par leurs propres parents. Le phénomène est suffisamment répandu pour que la Défenseure des droits y ait consacré un chapitre dans son rapport 2023 sur les droits de l’enfant.

“Ma mère a publié une photo de moi en maillot de bain quand j’avais 5 ans. J’ai 12 ans, la photo est toujours en ligne. Tous mes copains l’ont vue.” Ce type de témoignage illustre le décalage entre l’intention du parent (un souvenir mignon) et le vécu de l’enfant (une humiliation publique).


Le rôle des collectivités

Les mairies et les communautés de communes qui gèrent des écoles peuvent jouer un rôle de levier. En proposant une appli de communication commune à l’ensemble des établissements de leur territoire, elles offrent un cadre cohérent et mutualisé. L’avantage est double : les familles n’ont qu’une seule appli à installer (même si leurs enfants sont dans des établissements différents), et la collectivité peut diffuser une politique de protection de l’image des enfants harmonisée.


Agir maintenant

Le sharenting n’est pas une fatalité. C’est une habitude culturelle qui s’est installée avec l’essor des réseaux sociaux, et qui peut évoluer avec de la sensibilisation, des outils adaptés et un cadre juridique renforcé. Les établissements scolaires ont un rôle à jouer : pas celui de faire la morale aux parents, mais celui de proposer un environnement numérique où le partage des moments forts de la vie scolaire ne se fait pas au détriment de la sécurité des enfants.

La prochaine fête de l’école approche. C’est le bon moment pour mettre en place un protocole clair, informer les familles et leur proposer une alternative. Les enfants vous remercieront. Peut-être pas tout de suite. Mais dans dix ans, quand ils taperont leur nom dans un moteur de recherche, ils seront soulagés de ne pas y trouver leur photo de spectacle de CE1 en costume de carotte.


Ressources utiles

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Liz Garnier

Liz Garnier

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